Le vinyle est mort… et n’a jamais autant vendu

En pleine hégémonie du streaming, qui représente aujourd’hui près de 70 % de la consommation musicale mondiale, un objet que l’on disait enterré depuis les années 1990 connaît une deuxième vie spectaculaire : le disque vinyle. Loin d’être un simple sursaut nostalgique, ce retour dessine un marché solide, porté en bonne partie par une génération qui n’a jamais connu l’âge d’or du 33 tours.

Des chiffres qui dépassent l’anecdote

Le marché mondial du vinyle a atteint 2,1 milliards de dollars en 2025, avec une trajectoire de croissance qui devrait le porter à 3,6 milliards d’ici 2034. Aux États-Unis, les ventes de vinyles ont franchi la barre du milliard de dollars en 2025, une première depuis… 1983, avec 46,8 millions d’unités écoulées. En France, la progression est tout aussi nette : environ +15 % de croissance en 2025, pour 113 millions d’euros de chiffre d’affaires et près de 6 millions d’unités vendues. Signe le plus frappant de ce retournement : le vinyle a dépassé le CD en France pour la première fois depuis 1987.

Ce n’est pas (seulement) une affaire de nostalgiques

L’explication la plus spontanée — des quadragénaires et quinquagénaires qui rachètent les disques de leur jeunesse — ne suffit pas à rendre compte du phénomène. Les moins de 35 ans représentent aujourd’hui 41 % des acheteurs de vinyles, une proportion qui inclut donc une génération biberonnée au streaming et qui n’a, pour beaucoup, jamais possédé de platine avant d’en acheter une récemment. Ce même mouvement touche d’ailleurs un autre format qu’on croyait définitivement enterré : la cassette audio, qui connaît elle aussi un regain de popularité inattendu.

Ce que le streaming ne vend pas

Pour comprendre cet engouement, il faut regarder ce que le vinyle offre et que le streaming, par construction, ne peut pas proposer : un objet physique à posséder, une pochette grand format à regarder pendant l’écoute, un geste — poser l’aiguille, retourner le disque — qui transforme l’écoute passive en petit rituel. Le vinyle prospère précisément comme un segment premium, appuyé sur l’émotion, le tactile et la collectionnite, plutôt qu’en concurrence frontale avec le streaming sur le terrain de la commodité. Les deux usages ne s’excluent d’ailleurs pas : la plupart des acheteurs de vinyles continuent, par ailleurs, d’écouter la majorité de leur musique en streaming au quotidien, et réservent le disque à une écoute plus attentive, souvent pour un album qu’ils affectionnent particulièrement.

Un signal à ne pas mésestimer

Ce retour du vinyle raconte quelque chose d’important sur la période actuelle : plus l’accès à la musique devient immatériel, instantané et infini — un catalogue de plusieurs dizaines de millions de titres au bout du doigt — plus une partie du public éprouve le besoin symétrique de ralentir et de matérialiser certains attachements musicaux forts. Ce n’est pas un rejet du streaming, mais son complément : le flux algorithmique sert à découvrir large, l’objet physique sert à honorer ce qu’on a choisi de garder. Pour les artistes eux-mêmes, cela ouvre une source de revenus et de lien direct avec leur public que le seul streaming, souvent critiqué pour sa faible rémunération à l’écoute, ne permet pas.

Un marché à consolider, pas un feu de paille

Reste une question industrielle bien réelle : le nombre d’usines capables de presser des vinyles dans le monde reste limité, et la demande actuelle met sous tension des chaînes de production vieillissantes, avec des délais de fabrication parfois longs pour les petits labels et artistes indépendants. Ce goulot d’étranglement pourrait, paradoxalement, freiner un marché qui a toutes les caractéristiques d’une tendance de fond plutôt que d’un simple effet de mode passager.

Sources

  • Monsieur Vintage — Le vinyle en 2025 : un retour durable au cœur de l’industrie musicale
  • The Conversation — Du succès du vinyle au retour affirmé de la cassette : au-delà de l’effet nostalgie
  • Boursorama — Du succès du vinyle au retour affirmé de la cassette
  • Muzisecur — Vinyle et CD en 2026 : morts ou en plein essor ?
  • Accio — Tendances ventes vinyles 2026 : croissance durable ?

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