NFT musicaux : autopsie d’une révolution qui a fait pschitt

Il y a quelques années à peine, les NFT musicaux devaient réinventer la manière dont les artistes vendaient leur musique et se rémunéraient, en promettant de contourner labels et plateformes de streaming grâce à la blockchain. Trois ans après l’éclatement de la bulle spéculative qui portait cette promesse, le bilan est sans appel — et instructif, notamment pour juger avec plus de recul l’engouement actuel autour de l’IA musicale.

Une bulle qui a gonflé vite, et éclaté encore plus vite

Entre 2020 et 2022, les NFT — ces jetons numériques uniques enregistrés sur une blockchain, censés certifier la propriété d’une œuvre numérique — connaissent un emballement spéculatif majeur, porté par l’euphorie plus large des cryptomonnaies. Des artistes, des labels et des célébrités se lancent dans des collections de NFT musicaux, promettant royalties automatiques, exclusivités et nouvelles formes d’interaction avec les fans. Puis vient le krach : chute du bitcoin, effondrement de la plateforme d’échange FTX, multiplication des arnaques. Les prix des NFT artistiques s’effondrent de 77 % entre 2021 et 2023. OpenSea, qui concentrait à lui seul 90 % du marché des échanges, licencie la moitié de ses équipes en 2023. Les expositions virtuelles se vident, les forums communautaires s’éteignent, les serveurs Discord jadis bouillonnants deviennent silencieux.

Des poursuites qui achèvent de ternir le tableau

L’effondrement financier s’accompagne d’un volet judiciaire qui n’aide pas à redorer l’image du secteur : la SEC américaine poursuit plusieurs célébrités ayant fait la promotion de projets NFT, dont Lindsay Lohan, Soulja Boy, Ne-Yo ou Akon, tandis que Logan Paul fait l’objet d’une plainte collective liée à son projet CryptoZoo. Pour le grand public, l’image qui reste de cette période est moins celle d’une révolution technologique que celle d’une gigantesque opération de promotion de célébrités, avec environ 23 millions d’investisseurs se retrouvant, en 2023, à détenir des jetons devenus sans valeur marchande.

Ce que la promesse initiale avait pourtant de sérieux

Il serait cependant réducteur de balayer l’idée d’un revers de main sous prétexte que son exécution a mal tourné. Le problème de fond que les NFT musicaux prétendaient résoudre — la difficulté, pour un artiste, de vendre directement une œuvre numérique unique ou limitée sans intermédiaire, tout en garantissant une traçabilité de propriété et un versement automatique de royalties à chaque revente — reste un vrai problème, non résolu par le streaming classique. Certains créateurs, une fois la fièvre spéculative retombée, ont d’ailleurs souligné un effet paradoxalement positif : l’attention réellement portée à la dimension artistique de leur travail, débarrassée de la horde d’investisseurs à la recherche d’une plus-value rapide.

Le miroir utile de l’emballement actuel pour l’IA

Cette histoire mérite d’être regardée en parallèle de l’enthousiasme actuel pour l’IA musicale et les outils comme Suno : la technologie blockchain n’était pas, en soi, absurde pour la musique — c’est la manière dont un emballement spéculatif et médiatique a précédé toute utilité réelle et tout cadre de confiance qui a précipité la chute. La leçon n’est donc pas qu’une technologie disruptive doit être fuie, mais qu’elle doit être jugée sur ses usages concrets et durables plutôt que sur la vitesse à laquelle elle attire les capitaux. Trois ans après le krach, la blockchain continue d’ailleurs discrètement son chemin dans la musique, notamment comme outil de traçabilité des droits et de certification d’authenticité — des usages plus modestes, moins spectaculaires, mais nettement plus robustes que la ruée spéculative de 2021-2022.

Une prudence à retenir

Ce qui reste, au fond, des NFT musicaux, c’est un avertissement utile pour toute innovation technologique appliquée à la musique : la différence entre une révolution durable et un feu de paille se joue rarement sur la promesse initiale, presque toujours sur la solidité de ce qui est bâti une fois l’engouement retombé.

Sources

  • Franceinfo — « Futur d’internet » ou outil « voué à l’échec » : que sont devenus les NFT, trois ans après l’éclatement de la bulle spéculative ?
  • Fnac — Après la hype en 2022, l’effondrement ? On fait le point sur le marché des NFT
  • Developpez.com — Les NFT meurent lentement et douloureusement en 2023
  • Art Shortlist — NFT : comprendre ce qui s’est passé

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